Avant d’être un royaume, Novania était une terre de clans.
Répartis entre les cités, les fjords, les montagnes et les terres glacées de l’île, les premiers Noviens partageaient déjà une même culture guerrière, mais aucune autorité ne parvenait durablement à les rassembler. Les rivalités territoriales, le contrôle des ressources et l’honneur des lignées entretenaient des conflits réguliers entre les différents Thanes.
Parmi ces lignées figuraient les Skarndir, guerriers et chefs de guerre établis à Skarnjoll.
C’est parmi eux que naquit Atanaël, en -17.
Formé dès l’enfance au combat et aux traditions du Nord, il grandit dans une société où la guerre ne représentait pas seulement un moyen de conquérir : elle constituait déjà une manière de prouver sa valeur devant les hommes et devant Kharon.
La Novania qu’il allait connaître n’était encore qu’un ensemble de puissances rivales.
Il allait en faire un royaume.
À la mort de son père au combat, Atanaël hérita de la charge de Thane de Skarnjoll.
Son accession survint durant une période où les tensions entre les grandes puissances noviennes menaçaient de provoquer une guerre durable.
L’un des enjeux majeurs concernait les Montagnes de Kharon, appelées Drakfjell, dont les profondeurs recelaient un fer d’une qualité exceptionnelle. Le contrôle des voies menant aux gisements représentait un avantage militaire considérable : celui qui contrôlait le fer pouvait armer ses guerriers, renforcer ses murailles et imposer sa puissance aux autres clans.
La lutte opposa notamment les Skarndir de Skarnjoll, les forces de Thrymskarn et des clans contrôlant les accès aux richesses de Drakfjell.
Ainsi commença ce que les chroniques nommeraient plus tard :
la Guerre des Trois Clans.
Atanaël s’y distingua autant par sa brutalité sur le champ de bataille que par sa capacité à transformer ses victoires en alliances.
Lorsque Skarnjoll finit par s’imposer, il ne chercha pas à exterminer les vaincus.
Il chercha à les réunir.
La victoire d’Atanaël ne pouvait suffire à maintenir seule la paix.
Les anciennes lignées demeuraient puissantes et aucun Thane n’aurait accepté longtemps de devenir le simple sujet d’un autre clan.
De cette nécessité naquit une première forme du Conseil de Fer.
Les principales puissances noviennes y obtinrent une place afin que les conflits capables de menacer l’ensemble de l’île puissent être arbitrés autrement que par une nouvelle guerre civile.
Le Conseil ne supprimait pas l’autorité des Thanes.
Il leur donnait une structure commune.
Pour la première fois, la possibilité d’une Novania unifiée commençait à exister.
Mais Atanaël n’était encore que le Thane le plus puissant parmi les autres.
Il lui manquait quelque chose qu’aucune victoire militaire ne pouvait lui donner.
La reconnaissance de Kharon.
Selon la tradition novienne, Kharon lui-même remit à Atanaël le Cor du Jugement.
Cette relique sacrée ne fut jamais considérée comme une simple arme.
Elle était un signe.
En confiant le Cor à Atanaël, Kharon semblait reconnaître en lui celui capable de conduire les guerriers noviens au-delà de leurs querelles claniques.
Le Cor devint dès lors un instrument de rassemblement.
Lorsque son appel résonnait, il ne convoquait plus seulement les hommes de Skarnjoll.
Il appelait Novania.
La légitimité militaire acquise lors de la Guerre des Trois Clans se doublait désormais d’une légitimité sacrée.
Autour d’Atanaël, les alliances se renforcèrent.
Le Conseil de Fer cessa progressivement d’être uniquement un moyen d’empêcher les clans de s’entre-tuer : il devint l’institution politique d’un royaume en formation.
Les Thanes finirent par reconnaître Atanaël comme leur souverain.
Atanaël devint le premier roi de Novania.
L’unification de Novania ne mit pas fin à la guerre.
Elle lui donna une direction.
Durant les Obscurités d’Argone, lorsque les morts et les créatures des ténèbres menaçaient les terres des vivants, la plupart des peuples cherchaient avant tout à protéger leurs cités.
Atanaël adopta une autre doctrine.
Il refusa d’attendre que les armées d’Argone viennent jusqu’à Novania.
Il partit à leur rencontre.
Ses guerriers repoussèrent les engeances des ténèbres et multiplièrent les expéditions dans les régions frappées par l’influence d’Argone.
Lorsque le Drekk Argonak, passage ouvert entre Novania et le domaine des ténèbres, devint connu des guerriers noviens, ceux-ci finirent par emprunter eux-mêmes la route qui avait autrefois été destinée à permettre aux forces d’Argone d’envahir leur territoire.
La porte d’invasion devint alors une frontière de guerre.
Et pour les Noviens naquit une conviction nouvelle :
les ténèbres ne devaient plus être seulement repoussées.
Elles devaient être poursuivies.
Mais ces campagnes laissèrent derrière elles une faiblesse.
Lorsque les guerriers partaient combattre durant les Obscurités, les terres noviennes perdaient une partie importante de leurs défenseurs.
Selon les traditions du Nord, Shibaya répondit à cette vulnérabilité.
Divinité des cycles de la vie, de la mort et de la renaissance, elle accorda aux femmes noviennes un héritage particulier lié à la vie sauvage et aux forêts.
De cette bénédiction naquit progressivement la tradition des Ulfrdóttir — les Filles des Loups.
Alors que les guerriers de Kharon quittaient Novania pour affronter les forces d’Argone, les Ulfrdóttir devinrent les gardiennes de ceux qui restaient.
Ainsi se dessina l’un des équilibres fondamentaux de la société novienne :
Kharon accompagnait ceux qui partaient combattre.
Shibaya renforçait celles qui protégeaient la terre.
Les campagnes d’Atanaël ne furent pas un épisode isolé.
Elles se répétèrent pendant près d’une quinzaine de Legacies. Avec elles, le rapport des Noviens à Kharon se transforma.
Les Noviens découvrirent peu à peu que la mort ne garantissait pas le repos.
Les guerriers tombés sans protection pouvaient être atteints par la corruption d’Argone : une souillure capable d’empêcher leur âme de rejoindre les Champs Éternels et de les ramener, après leur mort, sous la forme de morts-vivants liés aux ténèbres.
Cette menace bouleversa profondément la société novienne. Mourir au combat n’était plus seulement un sacrifice glorieux : c’était aussi courir le risque d’être privé du passage et de revenir comme une créature d’Argone.
C’est dans ce contexte que la vénération de Kharon prit une forme nouvelle. Les Noviens cherchèrent désormais à être reconnus par le dieu du passage avant leur mort, afin que leur âme puisse être identifiée comme sienne et protégée de la corruption.
De cette nécessité naquirent progressivement le Kharonisme, la Marque de Kharon et l’Ascension de Kharon.
Cette croyance donna naissance à des rites de plus en plus structurés. Parmi eux apparut la Marque de Kharon.
Dès l’enfance, les jeunes Noviens furent soumis à des épreuves destinées à prouver leur courage, leur endurance et leur fidélité. Année après année, les marques reçues au cours de ces épreuves formèrent un chemin initiatique qui devint l’Ascension de Kharon.
Ce qui avait commencé comme la guerre d’un roi devint ainsi une culture transmise de génération en génération.
Atanaël avait unifié les clans. Kharon unifiait désormais leurs morts.
Les armées d’Atanaël ne combattaient cependant pas uniquement durant les Obscurités.
Lorsque celles-ci prenaient fin, le roi tournait régulièrement ses forces vers Aldonia.
Les premières expéditions furent essentiellement des raids.
Les Noviens frappaient les territoires aldoniens, ramenaient des ressources et éprouvaient leurs défenses avant de retourner vers leurs terres.
Au fil des Legacies, ces attaques devinrent plus régulières. Et avec les victoires vint une exigence nouvelle.
Atanaël réclama au jeune roi, Abbadon, le versement d’un tribut.
Accepter aurait signifié reconnaître la supériorité militaire de Novania. Abbadon refusa.
Ce refus transforma des années de raids et d’affrontements frontaliers en une guerre ouverte.
Après des années de raids et de campagnes contre Aldonia, Atanaël exigea du roi Abbadon le versement d’un tribut.
Abbadon refusa.
La confrontation devint alors une guerre ouverte, et les armées noviennes prirent rapidement l’avantage.
Mais le conflit changea de nature lorsque Argone, lassé des incursions répétées des Noviens dans le Drekk Argonak et de voir la Marque de Kharon soustraire toujours davantage de guerriers à sa corruption, choisit de s’allier à Abbadon.
Le roi d’Aldonia reçut alors le pouvoir de commander aux morts et renforça ses armées par la création des redoutables Légions d’Onyx.
Leurs armes, imprégnées de la corruption d’Argone et reconnaissables à leur aura brune, représentaient une menace nouvelle : elles pouvaient contaminer un guerrier vivant et compromettre la protection offerte par la Marque de Kharon.
Pour les Noviens, ce danger était pire que la mort elle-même.
Le rapport de force bascula.
La guerre n’opposait plus seulement Atanaël à Abbadon, mais deux puissances divines agissant à travers leurs champions : Kharon derrière Novania, Argone derrière Aldonia.
C’est dans cette nouvelle phase du conflit qu’Atanaël finit par tomber.
Les traditions noviennes racontent qu’après sa mort, Kharon accueillit Atanaël dans les Champs Éternels et l’éleva au rang de son plus grand Champion.
Celui qui avait d’abord combattu pour Skarnjoll était devenu le protecteur mythique de tous les guerriers noviens tombés avec honneur.
Une prophétie affirme que lorsque le Cor du Jugement retentira une dernière fois, les guerriers morts pourront être rappelés afin de participer à l’ultime bataille.
Atanaël marcherait alors de nouveau à leur tête.
Qu’il s’agisse d’une véritable prophétie, d’une croyance ou d’un récit transmis par les Skalds importe finalement peu.
Pour les Noviens, Atanaël n’a jamais réellement quitté Novania.
Atanaël demeure le Père de Novania.
Il hérita d’un clan.
Il laissa un royaume.
La Guerre des Trois Clans mit fin à une partie des rivalités qui divisaient les grandes puissances du Nord.
Le Conseil de Fer donna à ces anciennes puissances une institution commune.
Le Cor du Jugement transforma Atanaël en figure capable de les rassembler.
Les campagnes contre Argone façonnèrent la doctrine guerrière novienne.
La bénédiction de Shibaya donna naissance à l’héritage des Ulfrdóttir.
L’Ascension de Kharon transforma progressivement cette histoire en rite de passage.
Et la guerre contre Aldonia porta pour la première fois la puissance novienne bien au-delà de son île.
L’histoire de Novania ne commence donc pas avec un royaume.
Elle commence avec des clans qui refusent de plier.
Et avec un homme qui comprit que pour survivre aux ténèbres, ils devraient apprendre à combattre ensemble.