Les saisons divines ne relèvent pas d’un simple partage naturel du monde. Elles sont confiées par Kaïros à ses enfants selon un ordre sacré qu’il a lui-même fixé, afin que nul commencement ne soit séparé d’une fin, et qu’aucune fin ne soit privée d’un recommencement.
Dans la tradition du culte, Kaïros est le garant de la durée imposée aux hommes comme aux dieux. Il ne règne pas sur chaque saison par manifestation directe, mais par arbitrage, mesure et jugement. Les grands cycles du monde passent par lui avant d’être délégués à d’autres puissances.
Ainsi, Argone reçoit l’hiver, saison du retrait, de l’obscurcissement, de l’épreuve et de la mort apparente. En lui reviennent les temps de froid, de ténèbres et de suspension.
Irkay reçoit le printemps et l’été, saisons de l’éveil, de l’essor, de la lumière et de la puissance ascendante. Il y déploie la chaleur, l’élan vital et la clarté des forces renaissantes.
Shibaya reçoit la fertilité des moissons, qui s’étend de l’été à l’automne. Elle gouverne le mûrissement, l’abondance, la récolte et la continuité féconde du vivant.
Les traditions rapportent toutefois que cet ordre ne fut pas admis sans conflit. Il est dit qu’Irkay et Argone luttèrent autrefois pour la suprématie de la Legacy, c’est-à-dire pour la part du cycle qui devait dominer la durée accordée par Kaïros aux hommes et à ses enfants. L’un portait la lumière montante, l’autre la nécessité du déclin et de l’effacement.
C’est lors d’une éclipse que Kaïros les convoqua afin de statuer définitivement. En suspendant le ciel entre clarté et obscurité, il rappela qu’aucune saison ne peut régner seule sans rompre l’ordre du monde. L’hiver prépare le retour de la lumière. La lumière porte déjà en elle la promesse du déclin. La moisson n’existe qu’entre croissance et perte. Ainsi fut fixé l’ordre sacré des saisons divines.
À travers ce jugement, Kaïros apparaît comme le maître du cycle total : non celui qui incarne chaque saison, mais celui qui les distribue, les limite, les articule et les relie dans une continuité inviolable.